Et la fois où je dînais en tête à tête avec une tortue

Je vous ai déjà parlé du fait qu’on me trouvait brave de partir seule, et que franchement, c’était loin d’être la fin du monde. Par contre, je dois avouer qu’au tout début, ce que je redoutais le plus, c’était l’heure des repas! En effet, se balader et visiter toute seule, c’est une chose; prendre place seule à une table et passer tout un repas avec une chaise vide devant soi, c’en est une autre!

Enfin, c’est ce que je trouvais, du moins au début. Combien de fois j’étais presque embarassée de confirmer au serveur que « oui, c’est juste pour une personne »! Combien de fois je trouvais le temps long entre l’entrée et le plat principal, puis entre le plat et le dessert à regarder autour de moi sans savoir que faire! Il faut dire qu’au cours de mes premiers voyages, je n’avais même pas de smartphone pour faire semblant d’être occupée…

J’ai aussi eu affaire à des serveurs qui me disent que c’est complet ou que les tables en terrasse sont réservées, clairement parce que ça les fait tout simplement chier, disons-le,  de « gaspiller » une table que pour une seule personne! Vous direz peut-être que je suis parano, mais j’ai eu cette forte impression quelques fois, et ce n’est pas plus mal car qui a envie d’encourager un endroit comme ça? Mais en général, les restaurants tentent plutôt de me trouver un petit coin sympa et s’assurer que tout se passe bien pour moi!

Mais ce qui me sauve vraiment, c’est ma fabuleuse liseuse! Car oui, j’ai parlé du smartphone, mais après avoir fait le tour de mes notifications, je n’ai pas spécialement envie de traîner plus longtemps sur mon téléphone… Par contre, lire tranquillement en sirotant un verre de vin tout en attendant les différents plats qui se succèderont, ça, c’est parfait! La preuve:

On pourrait coire qu’on me paie pour faire du placement de produit tellement ma liseuse apparaît toujours dans le coin de mes photos de repas!

Quoi demander de plus, vraiment? Non seulement ça occupe, mais ça détend et j’en oublie presque l’attente! Je dis bien liseuse et pas livre, car c’est quand même plus pratique à une table qu’un bouquin qu’on doit tenir ouvert et changer les pages tout en mangeant! Honnêtement, depuis que j’ai ce petit bijou, les repas ne sont plus une source d’ennui ou de malaise, mais de pure détente!

Parfois, en plus, le roman colle parfaitement à ce qu’il y a sur sa table!

Mais alors, que vient faire cette tortue dans mon histoire? En fait, en étant seule, parfois les serveurs prennent un peu plus le temps pour nous parler, ou de s’assurer que tout va bien comme je le disais plus haut. Alors que je retournais pour un deuxième soir consécutif dans un restaurant de Dubrovnik (c’était bon et le décor était joli, avec de la musique live et tout et tout!), un serveur a décidé que je ne devais pas passer mon repas en solo, m’a fait dégager la liseuse, avant de m’installer le menu, une chandelle, et une belle tortue avec une feuille de salade en apéro. Voilà, j’avais ma date de la soirée!

Mon compagnon qui m’a finalement abandonné après l’apéro…

Je dois avouer que l’idée m’a quand même traversé l’esprit que le serveur avait eu pitié de moi, mais j’ai préféré en rire et me prêter au jeu. J’ai fini par apprendre que la tortue était un peu leur mascotte, qu’ils la baladaient même parfois sur une voiture téléguidée, donc qu’ils l’aimaient beaucoup!

Bref, j’étais en fait une cliente privilégiée, juste parce que j’étais toute seule!

Dudy (qui a parfois de la compagnie pour ses repas!)

Et la fois où mon départ était imminent

Fini les décomptes J-X ou le nombre de dodos qu’il reste avant de partir ; dans une heure, je quitte mon appartement (et mon chat) pour mon prochain voyage, chargée de mon sac à dos qui contient toute ma vie pour le prochain mois. Et oui, je suis stressée et j’ai mal au ventre !

Les gens autour de moi me disent toujours qu’avec tous mes voyages, je ne devrais pas être inquiète. Et je ne le suis pas évidemment pour des week-ends à l’étranger ou pas trop loin. Mais quand je pars longtemps et loin, eh bien je dois avouer que oui, je passe par toutes sortes d’émotions ! Et cette fois, c’est mon plus long voyage jusqu’à ce jour, alors je ne vous dit pas tout ce qui me passe par la tête! Est-ce que j’ai tout? Est-ce que j’ai trop? Est-ce que ça va bien se passer? Est-ce que mon itinéraire est réaliste? Est-ce que je vais trouver ça dur de passer Noël sans ma famille ou mes amis? Etc, etc.

Je pars toute seule 1 mois en Argentine (et un peu au Brésil), et là tout de suite, j’ai encore une petite voix qui me dit que je suis un peu folle. Parce que je suis un peu moumoune malgré tout ! Je suis excitée bien sûr, parce que ça fait 10 ans que j’aurais dû aller en Argentine ; j’avais acheté un beau sac à dos de voyage spécialement pour y aller, mais ce voyage qui devait déjà durer un mois à l’époque n’avait jamais eu lieu. Maintenant que je suis prête à partir, j’ai pourtant la boule au ventre !

En même temps, je pense que si je n’étais pas dans tous mes états, ce ne serait pas normal et j’arrêterais de voyager ! Sans ce petit stress qui rend la chose si excitante, à quoi bon ? C’est un peu comme une date qui approche, où tu sais que tu vas embrasser ton kick pour la première fois… Et une fois que tu y es, tu te rends compte que c’est là que tu dois être à ce moment précis et que tout va être ben correct ensuite.

Alors voilà, je pars les mains moites et avec des papillons dans le ventre, mais aussi avec les yeux brillants juste à imaginer tous ces paysages que je vais voir, ce steak argentin que je vais manger, ce vin que je vais boire et les souvenirs que je vais rapporter.

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Je vous revois dans un mois avec plus d’aventures à raconter !

Des besos,

Dudy

Et les fois où je suis une freak de la planification

Mon premier grand voyage sac à dos, c’était au Cambodge. Je n’avais pas trop planifié à l’avance, sinon un vague itinéraire avec 3-4 villes à faire sur deux semaines, et j’avais réservé uniquement l’hôtel pour notre arrivée qui était tard le soir. Le reste, on improvisait. C’était facile, ce n’était pas encore la haute saison, il y avait des guest houses partout à 5$ USD, et on avait le temps.  Mais de plus en plus, j’ai envie de voir un maximum de choses dans les pays où je vais, donc de maximiser le temps qui passe toujours trop vite sur place.

*Texte à l’origine publié pour Les Rockalouves le 24-08-2016*

C’est peut-être juste aussi que je me fais vieille aussi (hehe), mais je me suis donc mise à organiser un peu plus mes voyages avant de partir, jusqu’à ce que je me retrouve à faire des circuits dignes des agences de voyage – ou selon certains, d’une maniaque.

Les vrais aventuriers crieront au scandale, que c’est nul de tout prévoir à l’avance. C’est sûr que d’y aller au feeling, ça peut avoir son charme. Mais quand tu pars en haute saison, pendant un festival, ou que tu n’as pas beaucoup de temps sur place, ça devient plus compliqué de trouver un hébergement au dernier moment, à un prix qui reste dans ton budget. Et je n’ai plus toujours envie de perdre du temps à chercher un hôtel pour la nuit suivante, surtout quand on n’a pas accès à internet ou qu’il est dysfonctionnel. Je n’ai pas envie non plus de me retrouver coincée une journée de plus à un endroit où j’ai déjà fait le tour de ce que je voulais faire, parce qu’il n’y a pas de bus ce jour-là pour ma prochaine destination. En plus, en préparant à l’avance, et en prépayant certains transports ou hôtels, ça permet d’absorber les coûts du voyage sur une plus longue période ; par exemple, le voyage en Argentine que je prépare actuellement pour les Fêtes et dont les billets d’avion à l’intérieur du pays me refont payer le billet principal une 2e fois. Bref, avoir un planning me donne des contraintes sur place, mais aussi la tranquillité de savoir que j’aurai une place dans mon bus ou mon hôtel au moment prévu.

Plus t’es préparée, mieux tu peux profiter du temps que tu as sur place!

Plus t’es préparée, mieux tu peux profiter du temps que tu as sur place!

En général, je détermine mon itinéraire en me servant des recommandations du site Routard (pas le bouquin, j’ai pas envie de trimballer un guide pour avoir toujours le nez dedans non plus). Je google un peu les endroits proposés, et si ça me plaît, je prends ! TripAdvisor  est aussi d’un grand recours, tant pour les attractions que les restos à faire en ville, ou pour les avis sur les hôtels que je trouve principalement sur Booking (ou Agoda pour l’Asie). Je ne suis pas trop Airbnb ou CouchSurfing pour des longs voyages, toujours en raison des contraintes pour l’heure d’arrivée et la remise de clés, et du fait que certains peuvent annuler au dernier moment, ce qui n’est pas le cas pour un hôtel. Pour les billets d’avion, j’ai un faible pour SkyScanner pour trouver les vols à mon goût, niveau durée, escale, temps total, etc. grâce à ses options de recherches qui sont pratiques. Mon allié principal reste quand même Google Maps, où je peux identifier avec une belle étoile les endroits que je veux voir, où se trouve mon hôtel, les gares et les aéroports, etc. Ce n’est pas que je veux faire de la pub pour ces sites, mais ils restent franchement pratiques !

Mes constellations Google Map

Mes constellations Google Map

Il y a des endroits où c’est plus facile de tout prévoir : le Japon en est l’exemple parfait. Tu peux avoir les horaires de trains 6 mois à l’avance, à la minute près, et tu sais que rien ne changera et que tu arriveras pile poil à l’heure prévue. J’ai pu prévoir un circuit de 2 semaines, avec pratiquement aucun changement à l’itinéraire! D’autre pays sont plus compliqués à organiser, parce que les compagnies de bus ou de train n’ont pas toujours de site internet, ou ils en ont qui ne sont pas d’une grande utilité ; dans ce cas-là, les forums de voyage peuvent souvent aider pour savoir comment les autres se sont dépatouillés pour voyager d’une ville à l’autre !

Le jour du départ, je me retrouve avec bel itinéraire et un beau dossier tout prêt : réservations d’hôtels, billets d’avion ou de train ou de bus, voucher pour certaines activités, plans, liste de choses à voir, etc. qui ressemble à ça:

Un aperçu de mon itinéraire avec les éléments importants

Un aperçu de mon itinéraire avec les éléments importants

La maniaque de l’organisation en moi est satisfaite, et je pars en toute sérénité. Enfin presque, parce que je sais très bien qu’il y aura tout de même de l’imprévu ! Mais au moins j’aurai plus de temps pour y faire face…

Des bisous bien alignés,

Dudy (la freak)

Et les fois où on me dit que je suis brave (mais que c’est pas vrai)

Je voyage beaucoup seule. Je me suis rendue compte un jour que, si j’attendais après les autres pour partir, eh bien, j’irais nulle part (ou presque). Quand les gens me demandent avec qui je suis partie à tel ou tel endroit et que je réponds « Personne », on me sort presque invariablement la même chose « Wow, t’es brave ».

Ben non, j’pas brave.

*Texte à l’origine publié pour Les Rockalouves*

La première fois que je me suis retrouvée seule en voyage, c’était à Londres. J’avais déjà fait un stage en Equateur et j’avais passé un été en France et en Belgique, mais il y avait toujours quelqu’un qui m’attendait sur place. Même à Londres, je devais rejoindre ma cousine et son copain pour souper car ils s’y trouvaient encore pour une soirée. C’était l’fun, mais une fois séparés, mon périple en solo commençait.

Il faisait noir, il pleuvait, l’arrêt de métro de mon auberge de jeunesse était fermé alors j’avais dû descendre à celui d’avant, et mon plan pour me guider n’était plus trop utile puisque je ne savais pas où j’étais (je n’avais pas de smartphone jadis!). J’ai fini par trouver mon chemin, à mon grand soulagement. Mais du haut de mes 23 ans, je n’avais jamais été en auberge, et je trouvais ça un peu déstabilisant. Je suis arrivée dans ma chambre (il n’y avait encore personne, heureusement) et j’avais juste envie de pleurer. Quelle idée de partir pour Londres toute seule alors que j’avais plein d’amis déjà à Paris ? Je me suis couchée anxieuse et franchement pas dans un bon état d’esprit.

Le lendemain, je me suis réveillée, et le soleil était revenu, accompagné de ma raison. Je me suis dit What the fuck? Je suis à Londres! Une ville qui est réputée pour être cool, la ville de Bridget Jones et de Harry Potter, une ville que tout le monde veut voir! Je suis partie à l’aventure, et j’ai marché jusqu’à ne plus pouvoir marcher du tout. J’ai vu tellement de belles choses qu’au final, mes angoisses de la veille m’ont paru vraiment ridicules. Et j’ai trippé pour le reste de la fin de semaine à me balader dans la ville et assister à un show du Blue Man Group.

Mon premier stop à Londres, direction Hogwarts!

Mon premier stop à Londres, direction Hogwarts!

C’était la première fois que je partais seule en voyage, mais c’était loin d’être la dernière!

Et pour ceux qui pensent encore que c’est une question de bravoure, bah vous avez tort. Ça m’est arrivé encore par la suite, des petits moments d’angoisse où j’ai dû prendre de grandes respirations et me dire que tout allait bien, ce qui était toujours le cas ensuite. Si je pars seule, ce n’est pas par bravoure. C’est parce que souvent, personne ne peut venir avec moi, donc c’est partir seule ou pas du tout.

Mais surtout, c’est parce que mon besoin de partir est plus fort que mon besoin d’être accompagnée, pis c’est tout ce qui compte.

Dudy (en solo)

Par contre, c’est juste compliqué d’avoir des photos de soi quand tu voyages solo qui ne soient pas des selfies ou des reflets dans le miroir!

Par contre, c’est juste compliqué d’avoir des photos de soi quand tu voyages solo qui ne soient pas des selfies ou des reflets dans le miroir!

Et les fois où je trouve ça dur de repartir

Je vis à Paris depuis 2008. L’été 2007, j’ai rencontré un gars à Paris pendant un voyage/stage, et après avoir dû rentrer pour terminer ma dernière session d’université, j’ai lâché ma job et mon appart pour venir dans la Ville Lumière.

*Texte à l’origine publié pour Les Rockalouves*

Quoi de mieux que de découvrir Paris avec un nouvel amoureux ? Par la suite, il y aura des hauts et des bas, je commencerai à avoir une vie plus normale et faire moins touriste, je finirai par quitter le mec en question… mais 7 ans plus tard, je serai toujours à Paris. J’ai une bonne job ici pour l’instant, et surtout, c’est tellement facile de voyager depuis l’Europe ! Plein de destinations sont à portée de main, même pour un court week-end, en plus des tonnes de compagnies aériennes low-cost qui se font compétition pour mon plus grand plaisir. En plus, le vin n’est pas cher. Quoi demander de mieux ?

Tout ce qui me manque ici, c’est ma famille, mes amis et le bon lait du Québec. Pis toutes les autres cochonneries sucrées ou grasses que je ne retrouve pas en France bien sûr ! C’est pourquoi faut bien que je retourne « chez nous » de temps en temps, au moins une fois par année.

C’est tellement le fun de retrouver mon monde, ma famille et mes amis, comme si on s’était vu hier. Surtout ma nièce qui s’en vient de plus en plus cute, et même mon filleul qui ne me reconnaît pas encore et qui me boude niveau câlin… Je profite à fond du temps passé avec ma mère, je vois le plus d’amis possible, et je retrouve ces moments où je ne faisais pas nécessairement grand-chose avec eux, sinon de niaiser sur le divan en regardant la télé ou en jouant à un jeu d’ordinateur « comme dans le temps », comme si je n’étais jamais partie.

Sauf qu’au bout de mes deux semaines habituelles, mon départ approche et j’ai comme une boule dans le ventre qui grossit au fur et à mesure que l’heure de partir pour l’aéroport se rapproche. Pis les 3 maudites heures d’attente me paraissent tellement plus longues au retour parce que me sens 100 fois plus seule à me demander pourquoi je quitte encore ceux que je suis venue retrouver.

La dernière fois que je suis rentrée au Québec, j’y passais un peu plus longtemps, et mon meilleur ami m’a dit qu’on avait passé trop de temps ensemble… Je ne comprenais pas avant qu’il m’explique « que d’habitude, si on se voit juste un petit peu, c’est comme plus facile quand tu repars… ». Ouch. Comme si le fait de passer parfois en coup de vent était plus facile au final pour pouvoir se dire que ma présence était une hallucination et de continuer à vivre comme si je n’existais pas vraiment en réalité et que ma courte présence n’avait été qu’un mirage.

J’aurais pu pleurer quand il m’a dit ça. Je fais la fière comme ça, mais je trouve ça tellement dur parfois et je m’ennuie tellement de lui et des autres. Mais j’ai retenu mes larmes. Après tout, c’est moi qui ai décidé de partir, non ?

Dudy (qui parfois s’ennuie)

Photo d’une époque où j’étais encore au Québec

Photo d’une époque où j’étais encore au Québec